Il est beaucoup plus important de laisser nos filles aller s'inststruire et acquérir le savoir que de vouloir compromettre leur scolarité en imposant ce bras de fer dont elles étaient victimes. D'autant plus que le fait de se voiler pour une femme musulmane n'est pas une obligation coranique,cultuelle,du même ordre que jeuner,prier, accomplir le pélerinage ou s'acquitter de l'aumône. Il est arrivé à travers l'histoire,que même le Calif Omar n'interdit à une femme musulmane dite de basse extraction de se voiler parce que les praticiennes de l'époque étaient seules à vouloir être reconnues par un voile. Ce n'est pas une nouveauté islamique, c'est dans le Christianisme, dans le judaïsme, et cela remonte même aux assyriens. Cessons donc cette focalisation uniquement sur le volet islamique. Nous sommes arrivés à cette obsession sur le corps de la femme, sur ses cheveux, dans une autre régression tragique, parce que nous n'avons pas connu le<< moment Freud>>, et parce que les questions des relations ,hommes/femmes, de libido, etc; n'ont pas été posées avec l'acuieté et les implications qu'on a eues dans le monde occidental. Si, Mr Bencheikh parle de régression , c'est parce qu'à l'époque Samarkand, à Tachkent, à Boukhara, ou à Cordoue, ces questions de relations hommes/femmes étaient, saines, seraines et apaisées.
A Kaboul, dans les années 70, les femmes ne se voilaient pas.
_ La perception de l'Islam, de la question de sa compatiblité avec la laïcité , est aussi affectée par le discours d'intégristes qui se cosidèrent en<<mission>> pour répandre l'Islam, vont jusqu'à défendre l'idée d'une <<guerre sante>>, un dijahad pour , disent-ils , défendre <<l'Islam menacé>>.
Ghaleb Bencheikh
Tout d'abord, une précision de vocabulaire. Le djihad n'est pas une guerre sainte . C'est un abus de langage. Le djihad, est un effort dans la voie de Dieu. La guerre n'est pas un sacrifice dans le Coran, c'est même une calamité. Et pour cause : dans le champs sémantique du Coran, on trouve le combat, la guerre , et le djihad ; si le djihad était une guerre , on n'aurait pas trouvé les mots guerre et combat, à côté. Bencheikh, ne veut pas pour autant minimiser le fait que le djihad a été dévoyé de son sens et est devenu une sorte de violence sacrée . Quant aux islamistes qui prétendent défendre l'islam . Nous sommes fondés de leur poser la question de quel islam s'agit-t-il ? Le simple vocable islam génère beaucoup de fantasmes , il est devenu un mot- valise, comme disent les linguistiques, dans lequel, il y a tout et le contraire de tout. Parle-t-on de de l'Islam de l'indonésie, de celui du Yémen, du Sénégal, de l'islam intériorisé dans les coeurs, l'islam de Médine, l'islam de Ben Laden, l'islam des patineuses Bosniaques à Sarajevo ? .... La rigueur nous pousse à dire que ce sont des sociètés humaines travaillées par le fait religieux monothéiste dans sa coloration islamique . Que veulent-ils défendre ? Pourquoi s'érigent-ils comme procurateurs de Dieu, alors qu'il ne les a pas mendatés,d'un point de vue Coranique ? On a à faire à des illuminés exaltés,autoproclamés défenseurs exclusifs de ses droits, voulant faire le bonheur de leurs coreligionnnaires, voire de l'humanité toute entière. C'est une vision totalitaire, globalisante, dangereuse, qu'il faut savoir dénoncer. Mais qui dit dénoncer, dit aussi annoncer. Affirmer qu'aucune cause , aussi juste soit-elle, n'implique le massacre d'innocents, aucune révolte si légitime soit-elle , n'implique la terreur , spirutuellement et éthiquement parlant. Maintenant,que nous soyons, musulmamns ou pas, nous devons condamner l'agression caractérisée contre le peuple irakien par la coalition américano-britannique.
Quant à la Palestine , c'est une question de droit et de justice. C'eût été le peuple israélien qui souffrît en subissant les affres de l'occupation et de l'humiliation, nous eussions tous été solidaires du peuple israélien, parce qu'il aurait été dans une situation de déni de droit et de justice.
-Vous soulignez la responsabilité des théologiens, des intellectuels musulmans pour favoriser l'émergence d'un <<Islam de France>>, l'adaptation de cette religion à une société laïque, pluraliste . Pouvez-vous expliquer ?
_Ghaleb Bencheikh
Il y a une venue massive et récente d'hommes et de femmes de confession musulmanes. Mais l'islam n'est pas nouveau dans ce pays contrarement à ce que certains racontent. Il a une présence multi-séculaire. Ramatuelle n'est que la corruption de rahmatoullah(miséricorde de Dieu), Perpignan, la corruption de birbounian (le puit de l'urbanisme). A Narbonne, on m'a montré les vestiges de la mosquée. Port-grimaud, porte sarrasine, le massif des Maures , toutes les familles , les Bénezete, les Maurad, les Marais, les Maret... On a focalisé sur une escarmouche entre le maire du palais Martel et Abderrahmane, alors que les véritables engagements ont eu lieu dans le canal rhodanien, jusqu'à Autun, sens, et même près de Verdun. Maintenant,il est vrai qu'on a importé de l'homo oconomicus qui s'est avéré être un homo islamicus à problèmes. Mais les problèmes sont d'ordre sociétal,culturel, pas d'ordre spirituel ou cultuel. Elaborer une théologie de la minorité, car on est attaché à une vision classique de la théologie islamique qui a été élaborée à une époque où les musulmans étaient majoritaires , en situation de domination sur leur terre.
Nous ne sommes plus dans cette situation, les deux-cinquièmes des musulmans de par le monde sont en situation de minorité. A commencer par la minorité musulmane en Inde qui vit bien la démocratie indienne, et qui est numériquement plus importante que le monde arabe réuni. Et donc l'exigence intellectuelle et théologique,c'est d'élaborer un autre modèle qui va de pair avec le dialogue interreligieux, le dialogue dans la cité, une production intellectuelle qui répondent aux questions contemporaines auxquelles les hommes sont confrontés. Pas pour courir après la modernité. Les problèmes de la laïcité dans le monde arabo-islamique n'étaient pas dus à des considérations purement théologiques, ou conceptuelles , mais surtout à des considérations de traduction, de vocabulaire, quant au terme laïcité dont on ne trouvait pas un équivalent dans les langues véhiculaires de l'islam : ni le gujarâti, ni l'urdu, ni le persan, ni le turc, ni le swahili, ni l'arabe n'ont d'équivalent du mot laïcité, et même les intellectuels arabes chrétiens n'ont pu le traduire en un seul mot, ils ont utilisé ce qui pourrait être un barbarisme en langue arabe :mondité ou mondanité. Et donc, de bonne ou de mauvaise foi, les ulémas conservateurs se sont écrié : il y a un scandale, ça va être le règne, dès lors qu'on a compris la laïcité comme porteur d'athéisme , et de mode de vie areligieux compris comme irréligieux. En somme une société de ceux qui n'ont ni foi ni loi. Les considérations sémantiques ont donc beaucoup joué.
Selon le point de vue du thélogien Ghaleb Bencheikh, la loi de 1905 en France ne parle pas uniquement de laïcité. "C'est une loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat".
Mais n'oublions pas qu'à l'époque de l'apparition de la séparation de l'église de la loi. Il n'y avait pas une forte composante musulmane. La séparation de l'église de l'Etat n'est qu'une loi, comme son nom l'indique, insiste Mr Bencheikh. Gardons-nous, donc, dit-il de donner une quelonque épaisseur idéologique à la laïcité. Ce n'est pas une doctrine, une religion qui concurrence les autres, ce n'est pas la religion de l'incroyance. Moi, dit-il "tout en étant musulman, je suis doublement laï(c)que : je ne suis pas un clerc et je suis partisant de la laïcité. Mais il est vrai que la compréhension de la laïcité doit être celle de la neutelité, de la catalyse de l'alchimie du mieux- vivre ensemble, et celle qui abrite en son sein l'ensemble des doctrines, des obédiences métaphysique, cultuelles, etc...Fallait-il ou pas toucher à loi de 1905 ? Sur les deux articles dits principiels, il n'y a rien à toucher, simplement les appliquer. En revanche, les modalités d'application peuvent toujours être réaménagées, comme cela a été fait une dizaine en siècle. Simplement, cessons de donner à la laïcité des épithètes: ouverte, plurielle, de combat, d'intelligence...Non, la laïcité , c'est la possibilité que des hommes et des femmes puissent vivre dans un Etat moderne, sans coloration confessionnelle. C'est à l'Etat, garant du libre exercice des cultes, de veiller à ce que l'ensemble des citoyens ne soient pas discriminés.
Au fond, le traitement de la question sociale en France , y est pour beaucoup dans les rapports Islam/laïcité. Selon monsieur Bencheikh, les musulmans de France sont juridiquement de deux ordres. Il y a ceux qui sont résidents et les citoyens. Les résidents sont hôtes dans ce pays. Ou bien ils se conforment, dans un souci de savoir-vivre et de respect, aux lois en vigueur et à la tradition du pays d'accueil, et c'est très bien ainsi ; ou bien cela leur déplaît, et ils ont la liberté de choisir d'autres cieux en plus . En revanche, pour les citoyens musulmans, c'est plus compliqué. Il y a d'abord à être conscient de la citoyenneté et à s'aquitter de ses devoirs de citoyen tout en revendiquant la jouissance des droits inaliénables qui en découlent, au niveau politique, économique, social et culturel. D'un autre côté , malheureusement, nous payons les impérities, la démission, l'inaction, des différents gouvernements successifs quant à la question de <<l'intégration>>. Mot qui relève désormais du verbiage creux de la République. Ce n'est pas un énième plan type<< 100 millions d'euros>> qui va régler tout cela. Sachant que les n-1 plans précédents n'ont pas réussi. Et puis, en toute rigueur et dans la froideur d'esprit, ce serait une prime à la casse :<< si on n'avait pas brûler des voitures, on n'aurait pas eu les 100 millions d'euros>>. Alors que le problème est au niveau des esprits, d'une volonté politique, d'une révolution mentale. Les problèmes ne se règleront que lorsque M.Durand ou M.Dupont voudra bien de Karim ou de Mustapha. De deux choses l'une. Soit l'identité de la société française qui est en mutation doit être assumée dans l'acceptation, le calme, l'harmonie, le dialogue et la compréhension, et nous vivrons tous en bonne intelligence, en conjuguant nos efforts pour ue cette société soit prospère et solidaire. J'en appelle donc à la sagesse, au bon sens et à l'intelligence, aussi bien de la société civile que de ceux qui gouvernent.Il aura fallu qu'il y eût 4000 voitures brûlées pour entendre le président de la République parler de la représentation nationale qui n'est pas conforme à la diversité sociale, et des fils et des filles de la République. La question n'est donc pas une uestion d'Islam. Avant tout, la question réside dans un collège électif non conforme au collège éléctoral. Ce qui est inacceptable dans une Démocratie.
Sur le plan sociétal,on a aussi deux catégories de citoyens musulmans. Le premier pôle, certe minoritaire: une entitée de musulmans, la plupart de souche arabe, avec le même accent rocailleux qui caratérise les sémites arabes, devant lesquels on fait des courbettes dans une obséquiosité servile parce qu'ils sauvent le marché des yearlings à Deauville, le marché des pouliches à Longchamp, les maisons de hautes couture de la faillite pour peu qu'ils achètent une robe ou deux à leurs épouses. L'hôtellerie de luxe fonctionnent parce qu'ils en sont à la fois proriétaires et consommateurs. Ceux-là, n'ont jamais été présentés comme intégrables , ou comme des islamo-déliquants...Ceux-là , sont arrogants et suffisants. Ils maltraitent leur personnel français dit de souche. Et de l'autre côté, nous avons des hommes et des femmes ghettoïsés, marginalisés, défavorisés, <<banlieusardisés>>, lumpénisés, déscolarisés, méprisés, mais surtout désislamisés. Et on assiste à une réislamisation de néophyte, telle une revendication politico-identitaire. Ils deviennent la proie facile, des doctrinaires sermonnaires, ces fameux prédicateurs autoproclamés. Je m'insurge avec force contre la fameuse fatwa qui, de facto, a islamisé ou confessionnalisé un problème de révolte sociale. Si on commence à accepter des fatwas dites positives, il n'y a rien qui nous interdise d'accepter des fatwas dites négatives, genre "insurgez-vous".
Mais il y a aussi une responsabilité d'hommes politique, d'intellectuels français lorsqu'ils réduisent le Français de confession musulmane à leur appartenance religieuse...Et, pour Bencheikh, le fait d'avoir par exemple , ethnicisé en confessionnalisant, ou confessionalisé en ethniciant la fonction de préfect, avec monsieur Aissa Dermouche, est grave en soi. Non seulement, Aissa Dermouche qui n'a absolument pas revendiqué son islamité, n'a pas à être brandi comme préfect musulman, mais en outre il n'a pas été le premier. Cette présentation est dangereuse, car elle sous-entend qu'on aura demain un ambassadeur juif, un amiral chrétien, un recteur d'académie bouddhiste et un juge athée. Il y a un glissement sémantique qui s'est fait d'<<issu de l'immigration>>, via beur vers musulmans. Lequel musulman est éternellement issu de l'immigration, jusqu'à la quatrième génération d'ailleurs, on ose énumérer << quatrième génération>>. Quand on est de << quatrième génération>>, cela veut dire simplement qu'on est de souche. Il faut accepter le fait islamique dans la République comme une composante banalisée, faisant partie du paysage religieux européen. La classe politique dans son ensemble doit comprendre que cette composante n'est pas allogène, adventice et incongrue, elle fait partie de la société française. Les problèmes sont sociétaux , et de situation de quartiers dit sensibles, de discrimination et d'exclusion.
Dans les années 90 noires, et sanguinaires . S'affirmer laïque en Algérie , c'est assimilé à être non-croyant...Mr Bencheikh explique que, si l'on veut que l'Etat ait l'Islam comme religion, cela n'a aucun sens. Pour des raisons de modernisation des institutions, et de respect de la conscience des citoyens, il vaut mieux laisser les questions spirituelles et religieuses, à l'adhésion intime et spontanée des personnes. Il n'y a pas à avoir une institution étatique qui soit le bras séculier de la religion.
Quand on a le FIS qui dit au peuple : si vous votez pour notre liste, vous irez au paradis, si vous votez pour une autre liste , vous irez en enfer, il y a une escroquerie morale et intellectuelle qu'il faut savoir dénoncer. Gouverner selon les principes islamiques n'a pas beaucoup de sens non plus, si on ne précise pas lesquels. Il y a au moins quatres grandes écoles juridiques, plusieurs écoles d'exégèse, une multitude d'interprétation. Pourquoi voudrait-on s'inspirer dans la législation du Coran, qui dans la plupart des cas est une législation positive concernant des choses que la charia n'avait même pas imaginé, comme le nucléaire, l'environnement, les OGM, le génie-génétique...Tout cela n'est que de la parole en l'air. Mais avec les canaux satellitaires, avec Internet, il y a le pire et le meilleur : on peut entendre des prédications, des harangues à faire frémir, et en même temps , il y a aussi des débats, des réfléxions qui finiront par toucher les peuples arabo-musulmans, et ceux qui ont été éxilés, et permetteront petit à petit une prise de conscience. Il y a des raisons endogènes , mais il y a aussi des facteurs extrinsèques qui font que, au lieu de sortir du marasme, on s'y enfonce.
L'Algérie a consenti des efforts extraordinaires à former des atomistes, des physiciens, des ingénieurs, des médecins, et c'était louable, mais au détriment de faire émerger une société civile consciente, et une intelligentsia capable au niveau des sciences humaines et de la culture, notamment en théologie, parce que le peuple était imprégné de valeurs religieuses relevant davantage de la dévotion populaire...A cause d'ailleurs de la colonisation, puisque la loi de 1905 n'y était pas appliquée. Ben Badis, en sa qualité de président des ulémas, s'égosillait pour demander l'application de cette loi dans ce qui était un département français, ayant compris l'intérêt...Le fait d'avoir maintenu le statut de l'indigénat avec la référence religieuse, en payant les muftis,,les imams, les cadis, etc; c'était une ma nière pour l'autorité coloniale de contrôler le peuple colonisé. On en a hérité, au lendemain du recouvrement de l'indépendance, une sorte d'identification à la référence religieuse, et malheureusement, on a laissé une présetation surannée, passéiste, rétrograde auprès de quelques cheikhs, qui finalement n'ont pas pu suivre l'évolution, faute d'avoir l'outillage intellectuel nécessaire pour pénétrer le texte.
_Pour un islam de France, les musulmans devraient faire un effort comparable à celui fait par l'Eglise catholique il y a un siècle pour assumer la séparation avec l'Etat...
D'après monsieur Bencheikh le théologien : c'est comparable, et il s'agit encore d'un effort plus aisé pour les musulmans.Puisque ces derniers profitent de la liberté qu'offre la situation en France pour mener ce travail afin de le retransmettre dans les contrées islamiques. Nous avons eu tour à travers l'histoire, pour nos concitoyens chrétiens, la Cité de Dieu de Saint Augustin, la querelle des investitures, la doctrine des deux glaives, l'Aigle de Meaux Bossuet qui théorisait l'absolutisme et la monarchie de droit divin, Bourdaloue, Mgr Dupanloup, et pire encore, l'encyclique de février 1906, vehementor nos, qui a excommunié l'ensemble des députés catholiques qui avaient voté la loi de 1905. Le début de l'assentiment ne commençait à venir qu'avec l'encyclique maximam gravissimamque de 1924, la réflexion a été menée pour qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, on commence réellement à réfléchir sur ces questions, puis il a fallu attendre Vatican II pour qu'on comprenne qu'il vaut mieux se réjouir de cette séparation. Et l'Eglise catholique y est maintenant attachée. Nous nous réjouissons, nous tous, de ce modus vivendi. Ce long cheminement de l'Eglise catholique que d'aucun qualifient d'ensemencement de la matrice évangélique fécondée par les idées modernes de séparation...Il n' y a pas de raison pour ne pas mener le même travail, et pouvoir ensemencer la matrice Coranique.
Et pour finir , monsieur Ghaleb Bencheikh affirme que la tradition islamique est totalement, et tout à fait laïque, la relation à Dieu est une relation directe, ex-abrupto, verticale qui fera in fine de chaque musulman et de chaque musulmane son propre évêque....
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